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Comment décrypter les étiquettes cosmétiques?

Pourquoi certains fabricants utilisent-ils des produits nocifs et non naturels ? Est-ce (encore) une question d’argent, ou plutôt d’efficacité ?

On peut se poser la question au vu des nombreuses références cosmétiques qui sont composées de molécules problématiques.

Tant qu’elles restent autorisées, les fabricants évitent de les changer pour ne pas avoir à reformuler leurs produits ou à modifier leurs emballages, ce qui coûte de l'argent. Certains composés suspects sont également ajoutés aux produits dans le seul but d’apporter des fonctionnalités sans intérêt réel pour les consommateurs. Par exemple, est-ce bien utile de mettre des filtres UV, dont certains sont des perturbateurs endocriniens, dans des colorations capillaires ? Cela me fait penser aux fameux retardateurs de flammes bromés qui étaient systématiquement ajoutés à la fabrication de tout et n'importe quoi (comme des télécommandes par exemple)...

Qu’est ce qu’un produit cosmétique ?

Selon l’ANSM (Agence Nationale de la Sécurité du Médicament), un produit cosmétique est défini comme « toute substance ou mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain (épiderme, systèmes pileux et capillaire, ongles, lèvres et organes génitaux externes) ou avec les dents et les muqueuses buccales, en vue, exclusivement ou principalement, de les nettoyer, de les parfumer, d'en modifier l'aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles » (article 2 du règlement cosmétique et article L.5131-1 du code de la santé publique).

Un produit cosmétique ne peut pas être présenté comme ayant des propriétés curatives ou préventives à l'égard des maladies humaines; le produit relevant dans ce cas de la définition du médicament par présentation au sens de l’article L.5111-1 du code de la santé publique. 

Les produits cosmétiques sont-ils réglementés?

Les produits cosmétiques mis sur le marché sont réglementés par les dispositions du règlement cosmétique et les dispositions du code de la santé publique. En effet, il existe des obligations à respecter avant et après la mise sur le marché des produits cosmétiques.  Ceux-ci ne font pas l'objet d'une autorisation préalable à leur mise sur le marché, mais la personne responsable doit garantir que les produits soient sûrs pour la santé humaine lorsqu’ils sont utilisés dans des conditions normales d’emploi ou raisonnablement prévisibles.

En pratique, les informations relatives à chaque produit (stabilité, texture, formules, ph, etc) doivent être consignées dans un DIP (Dossier Information Produit). C’est un peu comme son carnet de bord. Ce dossier doit être soumis à un toxicologue qui décidera s’il convient de faire des tests en laboratoire et si le produit est apte à être mis sur le marché.

La liste INCI

L’utilisation de la nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques ou INCI, (abréviation de International Nomenclature of Cosmetic Ingredients)  est obligatoire pour  les cosmétiques depuis 1998. C’est  la liste complète des ingrédients dans l'ordre décroissant de leur quantité.

La nomenclature INCI est écrite dans deux langues : les extraits de plante sont donnés sous le nom latin de la plante. Les noms de molécules et les noms usuels sont donnés en anglais. Les ingrédients parfumés sont regroupés sous le nom « parfum », sans les détailler. Les colorants sont désignés par un Colour Index, qui s'écrit CI puis un nombre à 5 chiffres (CI 75470 par exemple correspond au carmin obtenu à partir de la cochenille).

Avantages

L'indication de tous les ingrédients permet de savoir ce que contiennent vraiment les cosmétiques et de repérer les composés qui peuvent causer des allergies. Les noms des ingrédients sont les mêmes dans tous les pays qui utilisent le système INCI. 

Inconvénients

  • Incompréhensible pour les consommateurs.
  • On ne connaît pas la quantité exacte des ingrédients (pour protéger les recettes secrètes des fabricants), ni leur origine ni leur mode de fabrication.  Par exemple, si on vous vend un gel à l'aloe vera ou à la grenade mais que vous n'en retrouvez qu'à la fin de la liste INCI, cela veut dire qu'il n'en contient que très peu.
  • Les ingrédients tels que les ajouts d'actifs de synthèse dans les produits dits végétaux ou sans paraben sont souvent dissimulés sous le terme de : parfum. Certains peuvent s'avérer être allergisant, irritant, asséchant... 

De quoi est souvent composée une crème conventionnelle ?

Beaucoup de crèmes dites conventionnelles (non bio) sont principalement composées … d’eau (water/aqua à 70 à 80%), d’huiles minérales (paraffinum liquidum, petrolatum), d’émulsifiants synthétiques, d’agents de texture synthétiques (silicone), d’actifs synthétiques ou végétaux, d’antioxydants (BHT, BHA,..) et de conservateurs. Les célèbres perturbateurs endocriniens figurent souvent en tête d’affiche, encore faut-il savoir les reconnaître...

Que sont les perturbateurs endocriniens ?

On en entend de plus en plus parler mais finalement, que sont les perturbateurs endocriniens ?

Les PE sont des substances chimiques d'origine naturelle ou artificielle, étrangères à l'organisme. Elles peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien et induire des effets néfastes sur l'organisme d'un individu ou sur ses descendants. Attention, en outre, à l’effet cocktail (le mélange provenant de plusieurs sources: du shampoing, de la crème etc.)

Un petit tour non exhaustif des ingrédients  à éviter, en particulier pour la peau de bébé et l’environnement

EDTA, methylisothiazolinone, cyclomethicone, paraben, parfum, PEG, petrolatum, sodium laureth sulfate, triclosan, phénoxyéthanol…

Selon des études récentes publiées par UFC que choisir et 60 millions de consommateurs (fév. 2017 sur les couches et août 2018 sur les produits d’hygiène destinés aux bébés), des produits conventionnels (non bio) contiennent encore et toujours des substances néfastes, c'est-à-dire des substances allergènes, irritantes et des perturbateurs endocriniens. 

Les parfums

Les parfums sont omniprésents dans les cosmétiques. Notre premier réflexe quand nous achetons une crème, un savon, un gel douche n’est-il pas de le porter à nos narines ? Dans notre société, les odeurs sont très formatées : ça, ça sent bon et ça, ça sent mauvais. Nous avons presque tous grandi avec des crèmes ‘bébé-sent-bon’ (Nivea et Mustela par ex). Qui a dit qu’un bébé devait dégager une ‘bonne’ odeur ? Et vous êtes-vous déjà posé la question de ce qui se cache derrière un parfum ?

Comme nous l’avons vu, les fabricants ne sont pas tenus de détailler leur formule et sous la dénomination ‘parfum’ ou ‘fragrance’ se cachent souvent de vrais allergènes. Les marques bio utilisent, elles, les huiles essentielles pour parfumer leurs produits, qui peuvent apporter de vrais bénéfices à certains problèmes de peau mais encore une fois, est-ce vraiment nécessaire de parfumer un cosmétique destiné aux bébés ? Faire accepter aux gens que les parfums peuvent être néfastes pour leur peau n’est pas gagné mais de plus en plus de marques bio s’y mettent, en raison d’un nombre accru d’allergies.

Les conservateurs: le phénoxyethanol

Les conservateurs sont nécessaires à partir du moment où il y a de l’eau dans le produit cosmétique, qui peut éventuellement entraîner une contamination microbienne. Toutefois certains conservateurs sont réellement néfastes sur la santé. C’est le cas du phénoxyethanol. En dépit du rapport de l’ANSM (2013 : Reconnu comme allergisant, le phénoxyéthanol peut provoquer de l’eczéma et de l’urticaire chez certains. Il serait également porteur de risques cancérigènes, de fertilité pour l’homme et de toxicité pour le fœtus). Toutefois, certaines marques continuent à l’employer dans les produits hydratant pour bébés et les lingettes.

Il peut se repérer sur les étiquettes sous des noms différents: « Phénoxyéthanol », «phénoxytol» ou « EGPhE », « ‘2-phénoxyéthanol’ ».

 

Les conservateurs: les parabens

De nos jours, les parabens ont bien mauvaise presse. Il n’en faut pas plus pour que les marques prônent le « sans parabens » quitte à remplacer ces conservateurs par d’autres perturbateurs  comme la methylisothiazolinone. Les plus dangereux (isobutyl, isopropyl, benzyl, pentyl, phenylparaben) sont interdits depuis 2014. Mais le butylparaben et le propylparaben restent autorisés y compris dans des références destinées aux enfants (lingettes, dentifrices). Pour les moins de 3 ans, propyl et butylparaben sont interdits dans les produit non rincés destinés à être utilisés dans la zone du siège mais on en trouve dans des lingettes supposées être utilisées sur le visage ou les mains.

Les conservateurs: la MIT

Elue « allergène de l’année 2013 » par une association d’allergologues américains, la méthylisothiazolinone (MIT) et sa proche parente, la méthylchloroisothiazolinone (MCIT) sont des conservateurs qui ont remplacé les parabens pendant longtemps et qui ont été interdits dans les produits non rincés depuis février 2017. Les deux substances, qui étaient parfois utilisées ensemble (mélange interdit dans les produits non rincés depuis 2016), étaient responsables d’une véritable épidémie d’allergie comme l’eczéma par exemple. On en trouvait dans des produits comme les gels contre piqûres d’insectes, les gels lavants, les produits intimes pour petites filles ( !) etc.

 

Dans les produits rincés, sa concentration maximale a été abaissée à 0,0015% en janvier 2018 mais elle est toujours présente.

Et l'alcool?

L’alcool est un solvant couramment utilisé dans les produits cosmétiques comme conservateur à hauteur de 10 à 15% environ. Il peut effectivement parfois assécher la peau mais ce n’est pas un perturbateur endocrinien. On peut le retrouver sur les étiquettes comme alcool dénaturé (alcohol denat),  alcools gras (cetyl, cetearyl,  stearyl, behenyl alcohol qui sont des alcools venant des plantes et pouvant présenter des propriétés hydratantes intéressantes) et l'alcool éthylique qui peut être d'origine végétale (fermentation de fruits ou céréales), ou synthétique (provenant de l'éthylène), qui lui peut être asséchant. En adaptant la formule et en rajoutant des ingrédients graissant, il est tout à fait possible d’atténuer le côté asséchant de l’alcool (dans le cas d’une émulsion (crème) mais pas dans le cas d’un produit aqueux  comme les produits coiffants par exemple. Toutefois, il est préférable de choisir un produit qui contiendra de l'alcool éthylique d'origine végétale plutôt que celui contenant de l'alcool dénaturé. En outre, si sur l’étiquette, l’alcool est présent dans les derniers ingrédients (et donc en moindre proportion), il sert de solvant pour les extraits végétaux et ne peut être asséchant. Il convient toutefois de choisir ses produits selon l’éthique de la marque.

Les tensioactifs

Le sodium lauryl sulfate (SLS) et autres composés sulfatés sous les noms INCI suivants (ammonium lauryl sulfate, sodium lauryl sulfoacetate, sodium myreth sulfate) sont des détergents puissants, des agents moussants et décapant qui peut provoquer des allergies (eczéma, irritations, aphtes). Qui a dit que plus ça mousse plus ça lave ? Plus ça mousse plus ça décape! En outre, SLS et SELS sont des tensioactifs qui sont dans la plupart des cas issus de l’huile de palme. 

Les silicones

Les silicones apparaissent sous des dénominations en -xane, -ane, -thicone ou -thiconol et les plus fréquemment utilisés sont le diméthicone, le cyclopentasiloxane et le cyclomethicone (très volatiles). Cyclopentasiloxane et cyclotetrasiloxane ont montré des propriétés de perturbation endocrinienne. 

On les trouve partout : dans les crèmes, les sérums, les shampoings, les produits coiffants, etc. Ils proviennent du sable qui a été transformé par une série d’opérations chimiques. Si la matière première est naturelle, le résultat final est synthétique. Leur origine de fabrication est la même que tous les silicones industriels que vous retrouverez dans votre de salle de bain (joints), dans les accessoires de puériculture, les moules à gâteaux, dans votre cup menstruelle ou encore dans les prothèses mammaires et les bouts de sein pour la tétée.

Les silicones sont très utilisés en cosmétique conventionnelle car ils donnent un toucher doux et soyeux (shampoings) et apportent un effet non gras aux produits. On pense qu’ils hydratent la peau, mais en réalité ils suppriment son fonctionnement naturel sain. En effet, vous avez l’impression d’avoir la peau toute douce mais c’est un leurre ! En réalité ils ne pénètrent pas la peau mais la tapissent en formant sur elle une couche occlusive et l’empêchent en partie de respirer (risque d’apparition de boutons). La peau devient alors dépendante et ne peut plus se réguler par elle-même. Les silicones ont l’avantage d’être bon marché et de ne pas rancir mais ils ne sont pas biodégradables et se retrouvent donc dans les eaux usées. 

Les huiles minérales

Paraffinum liquidum, paraffin, ceresin, petrolatum, cera microcristallina, vaseline…Les huiles minérales proviennent de la pétro-chimie et sont interdites dans les produits alimentaires mais autorisées dans les cosmétiques (que faire lorsqu’il s’agit de rouges et baumes à lèvres dont une petite partie peut être ingérée ?!)

Tout comme les silicones, l'huile de paraffine a un effet semi-occlusif sur la peau : elle reste en surface et forme un film qui peut provoquer ou aggraver l’acné et empêche la peau de bien respirer en freinant l'absorption des autres composants du produit. Elle emprisonne également les bactéries, ce qui favorise le développement de champignons.

On les retrouve donc dans les baumes et rouges à lèvres mais aussi dans les crèmes ou pommade bien connues pour les peaux très sèches et les peaux des bébés!

Les PEG

Les PolyEthylene Glycol (PEG + chiffre) sont des dérivés du pétrole utilisés dans beaucoup de produits cosmétiques. Suivant le chiffre associé, on s’en sert pour leurs propriétés épaississantes, émulsifiantes ou tensioactives. Certains sont irritants dès lors qu’ils sont utilisés en grandes quantités. Les PEG sont également très peu biodégradables, d’où l’intérêt supplémentaire de les éviter !

l'EDTA

L'EDTA, surtout présent dans le savon industriel (au contraire du savon saponifié à froid (SAF), n’est pas considéré comme un PE mais il n’est pas biodégradable et est donc reversé dans les lacs et les étangs. Dans le savon industriel (solide ou liquide), il permet d'éviter tout changement de couleur, odeur ou texture. L'EDTA, dans un savon, doit respecter un certain pourcentage afin qu'il ne soit pas nocif pour la peau mais il reste néanmoins un agent irritant aux conséquences incertaines sur le long terme. Il est tout à fait possible de s’en passer comme nous le verrons dans  mon article du mois de novembre.

Et les couches?

Le débat sur les couches jetables mis à part, les analyses de 60 millions de consommateurs  ont mis en évidence la présence d’un résidu du glyphosate dans certaines références ainsi que des traces d’autres substances peu recommandables (pesticides, composés organiques volatils ou halogénés…). En sachant que les fabricants ne sont pas tenus de faire figurer la liste des matières premières sur leurs emballages, on peut se demander si certains ont des enfants…

La peau des tout-petits : à protéger absolument !

Les bébés ont un organisme (système immunitaire et nerveux) en plein développement et donc immature. Ils ont très peu de sébum jusqu’à 7-8 ans. Leur peau est donc très perméable, propice à la déshydratation et sans défense contre les agressions physiques, chimiques et microbiennes (risques d’allergies et/ou eczéma, grande sensibilité aux UV). Les perturbateurs endocriniens peuvent entraîner de graves conséquences à long terme sur les organes reproducteurs et sur le comportement. Il est donc primordial d’utiliser des produits respectueux de leur santé.

 

Les produits non rincés comme les eaux micellaires, les crèmes hydratantes, les lingettes et consorts sont à surveiller d’encore plus près car ils restent sur la peau.   Si vous utilisez des eaux nettoyantes, mieux vaut les rincer à l'eau même si une majorité de fabricants recommandent une utilisation sans rinçage et privilégier le bio de toutes façons. Comme je le répète à chaque fois, les substances que l’on met sur notre peau passent dans le sang… !

 

Pour finir, en ce qui concerne la liste des 26 allergènes*, vous verrez que certains proviennent des huiles essentielles, comme le linalol par exemple, très répandues dans les cosmétiques bio pour parfumer et ne sont pas des perturbateurs endocriniens. Il convient toutefois d’utiliser les HE avec prudence chez les enfants et éviter les substances parfumantes autant que possible.

 

En parallèle, vous pouvez lire mon article sur le maquillage pour enfant.

Les applis

•       QuelCosmetic (UFC que choisir)

•       INCI beauty (FR)

•       Clean Beauty (FR)

•       PharmaPocket (FR)

•       Cosmethics (EN)

Pour aller plus loin

*UFC que choisir : Les fiches des molécules toxiques à éviter (Publié le : 20/02/2017 )

https://www.quechoisir.org/decryptage-produits-cosmetiques-telechargez-notre-carte-repere-des-molecules-toxiques-n11449/

https://www.60millions-mag.com/2018/08/23/couches-bebe-encore-trop-de-residus-toxiques-11972

http://www.terredinfostv.fr/dexeryl-cancerigene-notre-avis-sur-la-question/

https://www.quechoisir.org/dossier-ingredients-indesirables-t375/

 

Autres liens utiles:

      www.projetnesting.fr, dossier « Cosmétiques bébés »

      www.afssaps.fr/Produits-de-sante/Produits-cosmetiques,

      www.leflacon.free.fr, pour savoir lire les étiquettes

      La Vérité sur les Cosmétiques   

      www.observatoiredescosmetiques.com

      www.wecf.eu

      www.ansm.sante.fr 

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Commentaires: 3
  • #1

    Pauline (mardi, 09 octobre 2018 14:06)

    Super article, j'ai appris pleins de choses !! Merci

  • #2

    caroline (mardi, 09 octobre 2018)

    Merci Pauline! Contente de voir que ça vous a été utile ;-)

  • #3

    Elsa (mardi, 09 octobre 2018 15:35)

    Super ton article, vraiment, très complet et clair, bravo!!!!